Rire pour être avec et dans le monde…. Une question de posture.

Partage sur le rire en ESAT et en IME

(Etablissement de Service d’Aide par le Travail)

(Institut médico-éducatif)


A propos...

Cet article fait suite à de nombreux messages d’animateurs de yoga du rire après la publication d’une photo d’atelier rire en ESAT et en IME. Questions que je comprends car elles sont passées également dans ma boite crânienne.

Ce qui suit ne se veut pas une réponse directe à toutes ces questions, ni même une proposition de séances adaptées déroulant une suite de rires à proposer, mais une ouverture vers une interrogation/discussion sur la posture de l’animateur de yoga du rire.

Un ESAT accueille et accompagne des personnes en situation de handicap. Il a pour mission de favoriser l’autonomie sociale des personnes accueillies par un travail adapté.

Un IME accueille des enfants et adolescents atteints de handicap mental.


Je pratique le yoga du rire depuis maintenant 15 ans, je suis passé par plusieurs formations, plusieurs étapes, plusieurs doutes, plusieurs certitudes, plusieurs déceptions, plusieurs victoires, plusieurs rencontres de « Masters » expérimentés et reconnus mondialement. Bref ! Beaucoup de « plusieurs » avant de devenir formateur d’animateur à mon tour, en intégrant à mes formations un socle qui, peut être, me particularise : un module ou chapitre lié à l’éducation populaire et à la notion du vivre ensemble en tant que vecteur possible d’éducation positive.

J’interviens dans de nombreuses institutions, comme les Centres Educatifs Fermés, l’Education Nationale, les centres de formation, les entreprises.

Le rire de la prudence

Je souhaitais depuis longtemps intervenir en IME ou en ESAT par le rire, mais un sentiment (une histoire que je me raconte, comme dirait le psychiatre Jean-Christophe Seznec), lié à la prudence, et peut-être à la peur de développer un rire sans raison qui peut être déstabilisant pour certains, par le fait simple et compréhensible, de « bouger » la personne dite fragile ou fragilisée par son handicap. Une prudence partagée par certains professionnels de l’accompagnement. Prudence qui ferait obstacle à la possibilité, pour certains usagés à qui cette pratique conviendrait, de vivre une expérience pleinement satisfaisante de mieux être. L’effet sur moi était double : frustré et fragilisé moi même par de nombreuses questions (encore), entre autres :

  • Est-il possible de pratiquer le yoga du rire avec tout le monde ?

  • Est-ce que ce principe de précaution ne met pas une discrimination en place ?


Je mettais donc ce projet de côté et explorais d’autres sources de distribution de yoga du rire possibles.

Une activité souhaitée

Le téléphone sonne, une proposition d’intervention de yoga du rire, dans … un IME, puis une semaine plus tard, de nouveau une demande dans un ESAT !

Voilà qui change considérablement le point de départ. La demande ne vient pas de l’animateur, qui, lors d’une première rencontre avec un établissement, doit non seulement démarcher et proposer ses outils, mais aussi convaincre des bénéfices de ces pratiques, ce qui, parfois, l’amène à sur-vendre les bienfaits, car la proposition d’une activité physique et ludique simple, ne suffirait peut être pas à convaincre. Alors il semble nécessaire d’expliquer, argumenter sa légitimité, ce qui double sa pression, être à la hauteur de ce qui s’est dit, et fixer les objectifs sur les attentes de l’activité plutôt que de se concentrer uniquement sur la pratique elle même.

Dans les deux demandes d’intervention, tout est déjà fait et tout est beaucoup plus simple. L’ESAT et l’IME qui me contactent sont déjà convaincus de l’apport de ce yoga et du chant, sans en attendre autre chose que ce qu’il est, à savoir, un rendez-vous avec une bonne humeur et une mise en joie.

C’est là que la formation de chaque animateur est essentielle et joue le rôle de grande chaine. Développer ce yoga du rire partout, légitime de nouvelles demandes pour d’autres vers d’autres. Plus cela se pratique partout, plus le champ d’action s’élargit et prend place, au même titre que la pleine conscience, la danse, le chant ou un atelier théâtre, en tant que pratique sportive et culturelle accessible à tous.

Le premier contact/Un désir de présence

Ma première impression est que je suis attendu, par la direction et par l’équipe. Un travail de présentation a été fait en amont de l’activité. L’équipe au complet a choisi les participants sur des critères que je ne connais pas. L’animatrice sociale me dit l’impatience des participants à pratiquer cette activité. J’entre alors dans une petite salle où les futurs rieurs patientent, assis autour d’une table. Il y a des cartons autour de nous et une bibliothèque avec des BD et des livres d’aventure que je reconnais immédiatement (ayant été fan de Bibliothèque rose ou verte ancienne édition-tranche cartonnée). La salle est synonyme de jeux, de culture et d’aventures. Ils sont dix participants.


Je sais que tout se joue pratiquement dans les 20 premières secondes alors je mets en action mon désir de présence. « Mon désir de présence » se place en moi par une respiration de connexion à tout ce qui peut amplifier mon empathie et écoute active, ma bonne humeur, le capital sympathie et le plaisir de partager et d’être là.

Je me présente brièvement. Je leur dis mon bonheur d’être ici.

Un tour de table des présentations des prénoms suivi d’une présentation de ce qu’ils aiment. Ce « ce que j’aime » permet d’installer une bonne humeur naturelle avec cet échange autour de ce que l’on aime. Il y a des plaisirs simples, des « La musique », « Le soleil » ou encore « Le café » ponctués par des « Moi aussi ». Un rire léger apparait.


La séance :

Nous parlons donc de musique, de danse et de jeux.

Les corps bougent.

La présentation de mon outil favori, le Ukulélé offre une autre palette de rire car cet instrument s’identifie immédiatement au ludique et à la légèreté. Il oriente un regard clownesque sur moi qui fais 1M90. Il semble disparaître, j’en joue et je joue. Je joue aussi de mon absence de cheveux, ce qui provoque un rire. Je me trompe de prénom et immédiatement je fais « le rire de soi », ils suivent et chacun y va de son « rire de soi » dans un brouhaha haha réjouissant. Je reprends la main par une chanson, la séance est lancée, sans explication du process de cette pratique mais directement « dans le rire ». Je comprends vite que ce rire partagé est vivant et qu’il n’y a pas de raison d’expliquer le rire sans raison.

Nous sommes partis, joyeusement, pour 2 heures de rire et de chant.

Je m’aperçois qu’ils refusent une pause de groupe, comme à leur habitude. (15 minutes de pause ensemble). Ils préfèrent continuer l’activité. Alors les pauses pipi s’enchainent pour chacun à un rythme différent, ce qui est un nouveau prétexte à ajouter du rire sur nos rires. Très vite, ils s’approprient ce super pouvoir de création entre les temps calmes et les respirations que je propose régulièrement. Leur pouvoir créateur est activé et démonstratif puisqu’à ma demande de création de rire, ils proposent sans jugement les rires : « de celui qui ne sait pas », « le rire de l’étonnement », « le rire du timide ». Ce qui est une véritable performance.

Le « tout de suite après »

Après une grande respiration et un retour au calme. Je leur demande de me dire ce qu’il en pense. Les prises de parole se font facilement malgré la difficulté de parler pour certains.


Les quatre actions de mise en vie kiffantes : le rire, la danse, le jeu et le chant, ont servi d’élan à notre journée et au week-end où chacun déroule sa projection sur ce qu’il va y faire.

Ils sortent. 2 heures d’atelier. On me propose de visiter le lieu, j’accepte dans un sourire. Les recroiser sur leur poste de travail avec la fierté de me présenter ce qu’ils font. Ils interpellent, lancent des rires, ce qui fait ricochet sur leur voisins qui n’ont pas participé à la séance. Le rire a ce pouvoir de faire le pont entre l’enthousiasme et la présentation de ce que l’on fait. Les aurevoirs se font puis, je me retrouve dans ma voiture. Je reste un instant. Je laisse infuser ce qui vient de se vivre.

Enfoncer la porte ouverte, l’évidence non évidente.

Je sais qu’il ont compris l’intérêt de pratiquer ce « sport ».

Je les revois dans 15 jours pour une deuxième séance.

La pratique du yoga du rire, du chant, du « moove your body », sont de grandes portes ouvertes sur la bonne humeur. Le regard change, sur soi et sur le monde, ce sont des vecteurs d’attention, d’engagement et d’auto-bienveillance très efficaces. Ajouter à la pratique de l’animateur, une posture de « Prendre plaisir pour en transmettre » et je constate que mes peurs partagées avec certains professionnels se sont envolées.

Une conclusion s’impose alors : s’il y a des portes ouvertes à enfoncer, ce sont celles-ci et chaque jour. Y être, en être, rire dans un élan créateur, pour unifier nos « différences », expression/mot que chacun comprend, au centre de ce qui rassemble : le rire ensemble.

William Herremy

Artiste & Agitateur optimiste


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